Contenu

Tribune sur le budget de l’enseignement superieur et recherche

Le gouvernement met en avant sa légère hausse dans un contexte de fortes restrictions, mais sur le terrain, le compte n’y est pas [1]

La priorité accordée à l’enseignement supérieur et à la recherche est-elle compatible avec le redressement des comptes publics?
Les ministres successifs l’affirment, arguant d’un budget en légère hausse dans un contexte de fortes restrictions. Mais sur le terrain, le compte n’y est pas et les conditions d’études, d’enseignement et de recherche se dégradent. Alors qu’ils font face à une hausse du nombre d’étudiants (+80.000 en deux ans), les établissements d’enseignement supérieur doivent fonctionner avec des dotations toujours plus resserrées. La réalité oblige à dire que les décideurs construisent des budgets en trompe-l’œil, masquant la pénurie croissante de ressources sous des bricolages de façade.

Ainsi, au vu du budget 2015, les établissements s’attendaient à disposer de ressources au moins stables. Pourtant, au moment de recevoir leur notification, ils ont constaté que leurs moyens étaient en baisse. La raison : une augmentation de la réserve de précaution, cette marge que l’État se donne normalement pour faire face aux imprévus, mais qu’il utilise aujourd’hui pour faire des économies à l’insu du public comme du Parlement.

Plus grave, au début de l’année, le gouvernement a pioché sans concertation dans les fonds propres des établissements, mettant certains d’entre eux en état de déficit délibéré pour les contraindre à mobiliser des ressources immobilisées. Si on peut admettre le souci de ne pas laisser dormir l’argent public, la méthode employée, brutale, opaque, improvisée, ne peut qu’avoir des effets désastreux sur la capacité des établissements à programmer et réaliser les investissements nécessaires à la réalisation de leur mission, notamment dans l’immobilier universitaire.

Insincère sur ses dotations, l’État s’avère de plus incapable de justifier sa politique de répartition : suite aux critiques nombreuses et convergentes faites contre le système de répartition (dit « SYMPA »), il promit l’entrée en vigueur d’un SYMPA 2 pour 2015, avant de s’avouer incapable de le faire, faute d’avoir trouvé des clés de répartition fiables… ou le courage d’assumer une répartition plus juste, et donc une redistribution significative. Il en résulte un écart croissant entre établissements mal dotés et très mal dotés, ceux-ci cumulant toutes les difficultés : filières pléthoriques, étudiants en mal d’accompagnement, secteurs de formation et de recherche laissés pour compte dans la distribution des subsides, etc.

Tout occupé à dissimuler la pénurie de crédits, l’État semble impuissant face à la dégradation du système : les inégalités se creusent entre établissements, entre étudiants, entre laboratoires de recherche. Les conditions d’études sont de plus en plus difficiles, l’afflux d’étudiants dans certaines filières créant des situations d’engorgement indignes ou contraignant les universités à contourner leur devoir d’accueil de tout bachelier pour maintenir des conditions d’études décentes.

Nous sommes conscients des difficultés du moment et reconnaissons la nécessité de faire évoluer l’enseignement supérieur et la recherche. Mais c’est pour cette raison que nous sommes exigeants et que nous ne cautionnons pas une politique subreptice d’asséchement des crédits qui compromet les objectifs prioritaires définis par la loi, dégrade les conditions de travail des étudiants et démoralise l’ensemble des personnels.

Nous exhortons Mme Vallaud-Belkacem et M. Mandon à tenir enfin aux Français, à la représentation nationale, aux personnels des universités et organismes de recherche et aux étudiants de ce pays un discours de vérité. La loi de finances qui sera votée cet automne et appliquée en 2016 doit être sincère et compatible avec la confiance promise aux établissements et à leurs personnels, conforme aussi aux engagements répétés en faveur de la jeunesse. Investir dans l’enseignement supérieur et la recherche, c’est investir dans l’avenir de la société française.

[1 Laurent Diez - Secrétaire général du SNPTES
Laurent Berger - Secrétaire général de la CFDT
Frédéric Sève - Secrétaire général Sgen-CFDT
Alexandre Leroy - Président de la FAGE
.